
L’évaluation GIR n’est pas une simple formalité administrative, c’est le diagnostic de départ pour construire un écosystème d’autonomie sécurisé et financé.
- Chaque niveau de GIR (Groupe Iso-Ressources) correspond à des besoins spécifiques et débloque un montant d’aide (APA) précis.
- L’erreur la plus coûteuse est d’acheter du matériel avant d’obtenir une prescription médicale, ce qui annule quasi systématiquement le remboursement.
Recommandation : Avant tout achat, faites évaluer les besoins par un professionnel pour obtenir une ordonnance et choisir entre achat, location ou prêt en fonction de la durée d’utilisation.
Le verdict tombe : GIR 4. Ou peut-être GIR 2. Pour beaucoup d’aidants et de personnes en perte d’autonomie, ce sigle et ce chiffre sonnent comme un jargon administratif complexe et anxiogène. La première réaction est souvent de se précipiter sur internet ou en magasin spécialisé pour acheter un déambulateur, une barre d’appui ou un siège de douche. Pourtant, cette approche « liste de courses » est la meilleure façon de se tromper, de dépenser inutilement et, surtout, de ne pas répondre au véritable enjeu : la sécurité et le confort au quotidien.
Le matériel technique ne doit pas être une accumulation d’objets, mais un système cohérent et réfléchi. C’est un véritable écosystème d’autonomie qui doit être mis en place, où chaque élément a sa raison d’être, de la simple canne au lève-personne plus complexe. Cet écosystème doit être pensé non seulement pour la personne aidée, mais aussi pour l’aidant, dont la santé est un pilier de l’équilibre à domicile.
Mais si la véritable clé n’était pas l’équipement lui-même, mais la compréhension du diagnostic qui le justifie ? Et si le GIR n’était pas une étiquette, mais un plan d’action ? Cet article, rédigé avec le regard d’un ergothérapeute, vous propose de changer de perspective. Nous n’allons pas simplement lister des produits. Nous allons décoder ensemble ce que chaque niveau de GIR implique concrètement, comment le traduire en besoins, comment choisir les bonnes aides techniques et, surtout, comment les financer intelligemment en évitant les pièges administratifs.
Ce guide vous accompagnera pas à pas, de la compréhension de votre évaluation GIR au choix des solutions de mobilité, en passant par les aspects cruciaux du financement et de la maintenance de votre matériel. Vous découvrirez comment transformer un diagnostic en un plan d’action concret pour une vie à domicile plus sûre et plus sereine.
Sommaire : Comprendre et équiper son domicile selon le niveau GIR
- Pourquoi votre classification GIR détermine les aides techniques que vous pouvez obtenir ?
- Quelles sont les 8 catégories d’aides techniques pour couvrir tous les besoins quotidiens PMR ?
- Achat, location ou prêt : quelle formule pour des aides techniques utilisées 6 mois après une opération ?
- L’erreur qui annule le remboursement : acheter vos aides techniques avant la prescription médicale ?
- Quand remplacer vos aides techniques : après 3 ans d’usage ou attendre la panne complète ?
- Comment évaluer le degré de perte d’autonomie de votre proche avec la grille AGGIR ?
- Quel est votre niveau de mobilité réduite : de 1 (fatigue) à 5 (fauteuil permanent) ?
- Quelles aides au déplacement choisir selon votre type de mobilité réduite temporaire ou permanente ?
Pourquoi votre classification GIR détermine les aides techniques que vous pouvez obtenir ?
La classification GIR (Groupe Iso-Ressources) n’est pas une simple note de 1 à 6. C’est le fondement de tout le système d’aide à l’autonomie en France. Pour un ergothérapeute, c’est l’équivalent d’un diagnostic fonctionnel. Il ne mesure pas une maladie, mais l’impact de l’âge, d’un handicap ou d’une maladie sur les gestes de la vie quotidienne. Comprendre son GIR, c’est donc comprendre la nature et l’intensité de l’aide dont on a besoin, qu’elle soit humaine ou matérielle.
Son rôle est double. D’abord, il objective un niveau de dépendance. Par exemple, une personne classée GIR 4 a besoin d’aide pour se lever et se coucher (les transferts) et/ou pour la toilette et l’habillage, mais peut se déplacer seule à l’intérieur de son logement. Cette information est cruciale. Elle nous indique qu’il faut probablement sécuriser la salle de bain et la chambre, mais pas forcément investir dans un fauteuil roulant d’intérieur. Il est à noter que, selon les données de l’INSEE, les personnes évaluées en GIR 4 représentent 57 % des bénéficiaires de l’APA à domicile, ce qui en fait la situation la plus courante.
Ensuite, et c’est le point le plus important pour votre portefeuille, le GIR est la clé d’accès au financement. C’est lui qui détermine l’éligibilité et le montant maximal de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA). Sans évaluation GIR (ou avec un GIR 5 ou 6, considéré comme autonome), il n’y a pas d’APA. Chaque GIR de 1 à 4 ouvre droit à un plafond d’aide financière différent, destiné à couvrir les dépenses liées à la perte d’autonomie, y compris l’achat ou la location d’aides techniques.
Le tableau suivant illustre parfaitement cette corrélation directe entre le niveau de dépendance et le soutien financier possible, comme le détaille une analyse des barèmes de l’APA.
| Niveau GIR | Profil de dépendance | Montant maximal mensuel APA |
|---|---|---|
| GIR 1 | Dépendance totale | 2 045,56 € |
| GIR 2 | Dépendance partielle | 1 654,18 € |
| GIR 3 | Autonomie locomotrice partielle, autonomie mentale totale | 1 195,67 € |
| GIR 4 | Besoin d’aide pour les transferts, la toilette et les repas | 797,96 € |
Ainsi, ignorer son GIR ou mal l’interpréter revient à naviguer à l’aveugle. C’est ce diagnostic qui va guider l’équipe médico-sociale pour proposer un plan d’aide personnalisé, et c’est ce plan qui définira le périmètre des aides techniques remboursables.
Quelles sont les 8 catégories d’aides techniques pour couvrir tous les besoins quotidiens PMR ?
Face à la multitude d’équipements disponibles, il est facile de se sentir perdu. Pour structurer la pensée et s’assurer de ne rien oublier, un ergothérapeute raisonne en termes de fonctions et de besoins. On peut ainsi regrouper les aides techniques en 8 grandes catégories qui forment un écosystème d’autonomie complet, couvrant l’ensemble des activités de la vie journalière.
- Les aides aux transferts : Elles permettent de passer d’une position à l’autre (lit vers fauteuil, WC vers debout). On y trouve les barres d’appui, les potences de lit, les rehausseurs de WC ou encore les planches de transfert.
- Les aides à la mobilité : Pour se déplacer en sécurité à l’intérieur comme à l’extérieur. Cela va de la simple canne au fauteuil roulant électrique, en passant par le déambulateur (cadre de marche) et le rollator (à roulettes).
- La sécurisation du domicile : Il s’agit de tous les aménagements qui préviennent les chutes. Tapis antidérapants, chemins lumineux, rampes d’accès, et surtout, l’adaptation de la salle de bain (siège de douche, sol non glissant).
- Les aides à la toilette et à l’habillage : Pour conserver son intimité et son hygiène. On pense aux brosses à long manche, aux enfile-bas, aux sièges de bain ou aux douches à hauteur réglable.
- Les aides à la préparation et prise des repas : Maintenir le plaisir et l’autonomie en cuisine est essentiel. Cela inclut les couverts ergonomiques, les ouvre-bocaux, les planches à découper adaptées ou les chariots de service.
- Le repos et le positionnement : Un bon positionnement est crucial pour le confort et la prévention des escarres. Cette catégorie comprend les matelas anti-escarres, les coussins de positionnement, les fauteuils releveurs et les lits médicalisés.
- Les aides à la communication et cognitives : Pour rester connecté et stimulé. Téléphones à grosses touches, tablettes simplifiées, piluliers électroniques ou calendriers et horloges adaptés aux troubles de l’orientation.
- Les aides pour l’aidant : C’est la catégorie souvent oubliée et pourtant fondamentale. Elle vise à protéger la santé de celui qui aide. Le lève-personne et le drap de glisse sont des exemples parfaits pour éviter les maux de dos lors des mobilisations.
L’importance de cette dernière catégorie ne doit jamais être sous-estimée. Une étude de la DREES a montré que près de 29% des aidants familiaux souffrent de problèmes de dos liés à l’accompagnement physique. Investir dans un lève-personne n’est pas un luxe, c’est une mesure de prévention indispensable pour la pérennité du couple aidant-aidé.
Comme le montre cette image, une simple ceinture de transfert peut transformer un mouvement risqué en un geste sécurisé et rassurant, tant pour la personne aidée que pour l’aidant. Penser l’équipement en ces 8 catégories permet de réaliser un bilan complet et de s’assurer que chaque facette du quotidien est prise en compte dans le plan d’aide.
Une approche structurée garantit que l’écosystème mis en place est non seulement complet, mais aussi parfaitement adapté aux routines et aux défis spécifiques de la personne.
Achat, location ou prêt : quelle formule pour des aides techniques utilisées 6 mois après une opération ?
La question du mode d’acquisition des aides techniques est stratégique. Le choix entre l’achat, la location ou le prêt à usage ne dépend pas tant de l’objet que de la temporalité du besoin. Se poser la question « Pour combien de temps ? » est le réflexe essentiel qui permet d’optimiser les dépenses et d’éviter de se retrouver avec du matériel coûteux et encombrant sur les bras.
La location est la solution reine pour les besoins temporaires et bien définis. Le cas typique est la convalescence post-opératoire. Après une prothèse de hanche ou de genou, un patient aura besoin d’un lit médicalisé, d’un rehausseur de WC et d’un cadre de marche pour une durée de quelques semaines à quelques mois. La location offre la flexibilité de disposer du matériel rapidement, d’en assurer la maintenance et de le restituer une fois l’autonomie retrouvée. C’est une formule économique et sans tracas logistiques.
Le prêt de matériel, souvent proposé par des associations, des mutuelles ou des services sociaux, est une autre option pour les besoins à court ou moyen terme. Il est particulièrement pertinent pour tester un équipement avant un achat définitif ou pour pallier une situation d’urgence en attendant la livraison d’un matériel acheté. Le principal avantage est la gratuité ou le coût très faible, mais la disponibilité et le choix des modèles peuvent être plus limités.
L’achat, quant à lui, se justifie pleinement pour les besoins permanents et évolutifs liés à une maladie chronique ou un handicap de longue durée. Quand la perte d’autonomie est installée, il devient plus rentable et plus confortable d’être propriétaire de son équipement. Cela permet de choisir un modèle parfaitement adapté à sa morphologie et à son environnement (par exemple, un fauteuil roulant sur-mesure), de le personnaliser et de l’intégrer durablement à son domicile. L’achat est également la seule option pour les aménagements structurels comme la transformation d’une baignoire en douche à l’italienne.
En résumé, la logique est une progression graduée : un besoin ponctuel et court (moins de 6-9 mois) oriente vers la location/prêt, tandis qu’un besoin définitif et personnalisé justifie l’achat, souvent soutenu par les aides financières comme l’APA ou la PCH.
L’erreur qui annule le remboursement : acheter vos aides techniques avant la prescription médicale ?
C’est l’erreur la plus fréquente et la plus frustrante pour les familles. Dans la précipitation ou par méconnaissance, on achète un fauteuil roulant ou un lit médicalisé, puis on présente la facture à l’Assurance Maladie ou à la mutuelle en espérant un remboursement. Le refus est quasi systématique et la raison est simple : dans le système de santé français, la prescription médicale est le sésame indispensable qui précède toute prise en charge.
Acheter une aide technique sans ordonnance, c’est comme acheter un médicament soumis à prescription en pharmacie sans l’ordonnance du médecin : c’est possible, mais ce ne sera pas remboursé. Le principe est le même pour le matériel médical. La prescription atteste de la nécessité médicale de l’équipement. Elle est rédigée par un médecin, mais de plus en plus, le rôle des autres professionnels de santé est reconnu. Une avancée majeure à connaître est que l’Assurance Maladie prend en charge les dispositifs médicaux prescrits par les ergothérapeutes depuis le 23 août 2023, ce qui facilite grandement les démarches pour des équipements très spécifiques.
L’ordonnance doit être la plus précise possible et mentionner le type de matériel, voire un code LPP (Liste des Produits et Prestations) si celui-ci existe. Ce code correspond à un matériel spécifique avec une base de remboursement définie par la Sécurité sociale. Un dossier de remboursement bien monté est une mécanique de précision, comme l’illustre cet exemple concret.
Étude de cas : Le dossier de remboursement du fauteuil de Monsieur D.
Un ergothérapeute qui accompagne Monsieur D. doit constituer un dossier pour un fauteuil roulant manuel. La démarche est rigoureuse : d’abord, obtention d’une prescription médicale détaillée mentionnant le code LPP 2111725, qui correspond à un fauteuil roulant standard à châssis pliant. Ensuite, un devis puis une facture de 1 240 € sont joints au dossier, qui sera ensuite soumis aux organismes payeurs (CPAM et mutuelle) pour obtenir la prise en charge sur la base du tarif LPP. Sans l’ordonnance initiale, toute la procédure serait bloquée.
La règle d’or est donc immuable : 1. Consultation et évaluation des besoins. 2. Obtention de la prescription. 3. Réalisation de devis. 4. Achat du matériel. 5. Demande de remboursement. Inverser les étapes 2 et 4 est la garantie quasi certaine de devoir assumer seul l’intégralité du coût de l’équipement.
Cette chronologie stricte n’est pas une simple contrainte administrative ; elle assure que l’aide technique est médicalement justifiée, adaptée et financée de manière optimale.
Quand remplacer vos aides techniques : après 3 ans d’usage ou attendre la panne complète ?
Une aide technique est un dispositif de sécurité. La question de son remplacement ne devrait donc jamais être « Est-ce que ça marche encore ? », mais plutôt « Est-ce que c’est encore 100% sûr et efficace ? ». Attendre la panne complète pour remplacer un déambulateur ou un lève-personne, c’est comme attendre que les freins d’une voiture lâchent pour les changer : c’est prendre un risque inacceptable. La durée de vie d’un équipement n’est pas qu’une question de fonctionnalité, mais de fiabilité.
Il n’y a pas de règle fixe comme « remplacer après 3 ans ». La durée de vie dépend de la nature de l’aide, de sa fréquence d’utilisation et de sa qualité de fabrication. On peut distinguer la sécurité passive de la sécurité active. Une barre d’appui (sécurité passive), si elle est bien installée, a une usure quasi nulle. En revanche, un rollator ou un fauteuil roulant (sécurité active) comporte des pièces mécaniques en mouvement (roues, freins, roulements) qui s’usent et peuvent devenir un point de défaillance.
Plutôt que de se fier à une date de péremption arbitraire, il faut apprendre à inspecter régulièrement son matériel et à reconnaître les signes d’usure. Voici quelques points de vigilance :
- Pour les aides à la marche (cannes, déambulateurs) : vérifier l’état des embouts en caoutchouc (ils ne doivent pas être lisses), la stabilité de la structure (pas de jeu dans les soudures ou les clips de réglage), et le bon fonctionnement des freins pour les rollators.
- Pour les fauteuils roulants : inspecter la pression et l’usure des pneus, l’efficacité des freins de parking, la fluidité des roulements de roues, et rechercher d’éventuelles fissures sur le châssis.
- Pour le matériel électrique (lits, lève-personnes) : être attentif à tout bruit inhabituel du moteur, à la fluidité des mouvements, et vérifier l’état des câbles et de la batterie. Le harnais d’un lève-personne doit être inspecté avant chaque usage pour déceler toute couture défaite ou déchirure.
La règle à suivre est celle de la maintenance préventive. Il est conseillé de faire réviser son matériel par un professionnel au moins une fois par an, surtout pour les équipements critiques comme un lève-personne. De plus, il faut savoir que les conditions de renouvellement de la prise en charge par l’Assurance Maladie existent. Elles sont souvent liées à une durée minimale d’utilisation ou à une modification de l’état de santé de la personne, justifiant un équipement différent.
En conclusion, n’attendez pas la panne. Un équipement qui grince, qui a du jeu ou dont les freins sont mous n’est plus un équipement sûr. Le remplacer à temps n’est pas une dépense, c’est un investissement dans la prévention des chutes et des accidents.
Comment évaluer le degré de perte d’autonomie de votre proche avec la grille AGGIR ?
La grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) est l’outil utilisé par les équipes médico-sociales pour déterminer le GIR d’une personne. Bien que son utilisation formelle soit réservée aux professionnels (médecins, infirmiers évaluateurs), la comprendre permet à un aidant de préparer objectivement la visite d’évaluation et de mieux dialoguer avec les professionnels. Il ne s’agit pas de faire le diagnostic soi-même, mais de devenir un observateur averti et pertinent du quotidien de son proche.
La grille évalue la capacité de la personne à accomplir 17 activités de la vie courante. Dix sont dites « discriminantes » car elles pèsent le plus lourd dans le calcul du GIR (cohérence, orientation, toilette, habillage, alimentation, élimination, transferts, déplacements intérieurs/extérieurs). Sept autres sont « illustratives » et donnent une vision plus large des habitudes de vie (gestion, cuisine, ménage, transport, loisirs…). Pour chaque activité, l’évaluateur note si la personne fait l’action « seule », « partiellement » ou « ne fait pas ».
Les données collectées permettent de voir où se situe la majorité des personnes en perte d’autonomie, et l’enjeu que représente le maintien à domicile. Comme le montre le tableau suivant, issu des travaux de la DREES, la majorité des personnes en GIR 4 vivent à domicile, alors que la tendance s’inverse pour les dépendances les plus lourdes (GIR 1 et 2), qui sont plus présentes en établissement.
Cette répartition statistique, issue d’une étude sur les bénéficiaires de l’APA, souligne l’importance des aides techniques pour rendre ce maintien à domicile possible et sécurisé.
| Niveau GIR | Part à domicile | Part en établissement |
|---|---|---|
| GIR 1 | 2 % | 13 % |
| GIR 2 | 18 % | 44 % |
| GIR 3 | 22 % | 19 % |
| GIR 4 | 58 % | 24 % |
Plan d’action : préparer la visite d’évaluation AGGIR
- Lister les 17 activités : Familiarisez-vous avec la liste des 10 activités discriminantes (corporelles/mentales) et des 7 activités illustratives (domestiques/sociales) de la grille AGGIR.
- Tenir un journal d’observation : Pendant une semaine avant la visite, notez objectivement pour chaque activité si votre proche la réalise seul, avec difficulté, avec une aide (technique ou humaine), ou ne la réalise pas du tout. Soyez précis (« a besoin d’aide pour boutonner sa chemise », « se perd dans le temps »).
- Préparer les documents : Rassemblez les dernières ordonnances, les comptes-rendus de consultations (kiné, médecin…) et la liste des médicaments. Cela donne une vision globale de l’état de santé.
- Confronter les observations : Comparez vos notes avec la perception de votre proche. Le jour J, ne parlez pas à sa place, mais soyez prêt à nuancer ou compléter ses propos avec des exemples concrets (« Oui, tu te lèves seul, mais hier tu as failli tomber et je t’ai rattrapé »).
- Questionner l’évaluateur : Profitez de sa présence pour poser des questions sur les prochaines étapes, les aides possibles et le délai pour recevoir le plan d’aide.
Cette préparation active transforme une procédure subie en un dialogue constructif, garantissant que l’évaluation finale reflète au plus juste la réalité du quotidien et les besoins réels de la personne.
Quel est votre niveau de mobilité réduite : de 1 (fatigue) à 5 (fauteuil permanent) ?
Au-delà du GIR, qui est une évaluation globale, il est utile de qualifier plus finement la mobilité d’une personne pour choisir la bonne aide au déplacement. En tant qu’ergothérapeute, je simplifie souvent cela en 5 niveaux de mobilité, qui permettent de dialoguer et de trouver rapidement la catégorie d’aide la plus pertinente. Chaque niveau correspond à un besoin d’appui et de sécurité différent.
- Niveau 1 – Fatigue ou douleur : La personne marche sans aide mais se fatigue vite ou ressent des douleurs. La marche est un effort. Ici, une canne simple ou une canne anglaise (béquille) suffit pour offrir un point d’appui ponctuel, rassurer et soulager une jambe.
- Niveau 2 – Instabilité légère : La personne a des troubles de l’équilibre, une peur de chuter, mais une force suffisante dans les bras. Un cadre de marche (déambulateur) est idéal. Il offre une base de support très stable et sécurisante, mais impose une marche lente (soulever, poser, avancer).
- Niveau 3 – Marche avec appui constant : La personne a besoin d’un soutien permanent pour marcher mais souhaite conserver une certaine fluidité. Le rollator (déambulateur à roulettes) est la solution. Il permet une marche plus naturelle sans avoir à soulever l’aide, et ses freins garantissent la sécurité à l’arrêt.
- Niveau 4 – Déplacements limités : La marche est très difficile, possible sur quelques mètres seulement à l’intérieur. Le fauteuil roulant de transfert ou un rollator qui fait aussi office de siège est parfait pour les sorties ou les longs couloirs, tandis qu’un déambulateur suffit à l’intérieur du logement.
- Niveau 5 – Mobilité en fauteuil : La marche est impossible ou non sécuritaire. Le fauteuil roulant manuel ou électrique devient le moyen de déplacement principal. Le choix se fera sur la base de la force de la personne, de son autonomie et de son environnement.
Dans le choix d’une aide comme une canne, le diable se cache dans les détails. Le réglage de la hauteur est primordial (la poignée doit arriver au niveau du pli du poignet), mais le confort de la poignée l’est tout autant. C’est elle qui est en contact permanent avec la main, qui transmet le poids du corps. Une poignée ergonomique, avec des matériaux adaptés, peut changer radicalement le confort d’utilisation.
Le choix d’une aide à la marche ne doit pas être pris à la légère. Il faut comparer les modèles, vérifier leur poids et leur stabilité, et idéalement, les tester en conditions réelles avant de s’engager. Une aide mal adaptée peut créer plus de problèmes qu’elle n’en résout.
Cette auto-évaluation permet d’orienter la discussion avec un professionnel de santé ou un vendeur spécialisé pour trouver l’équipement qui offrira le meilleur compromis entre sécurité, autonomie et confort.
À retenir
- La classification GIR est la clé qui conditionne l’accès et le montant des aides financières (APA).
- Acheter une aide technique avant d’avoir une prescription médicale est la principale cause de refus de remboursement.
- Le choix entre achat et location dépend de la durée du besoin : la location pour le temporaire (post-op), l’achat pour le permanent.
Quelles aides au déplacement choisir selon votre type de mobilité réduite temporaire ou permanente ?
La synthèse de tout ce que nous avons vu est là : le choix d’une aide au déplacement ne se résume pas à un catalogue de produits, mais à une analyse croisée de plusieurs facteurs. C’est l’intersection entre le niveau de mobilité (de la simple fatigue au fauteuil permanent), la temporalité du besoin (temporaire ou définitif) et l’environnement de vie (appartement exigu ou maison avec jardin) qui va définir la solution idéale, ou plutôt, l’écosystème de solutions idéal.
Pour une mobilité réduite temporaire, comme après une chute sans fracture ou une intervention chirurgicale mineure, la logique est celle de la flexibilité et de l’économie. On privilégiera systématiquement la location d’un rollator ou d’une paire de cannes anglaises. On ajoutera des aides ponctuelles et non invasives, comme un rehausseur de WC, qui seront retirées dès l’autonomie retrouvée. L’objectif est de passer un cap difficile en toute sécurité sans engager de frais importants ni de travaux.
Pour une mobilité réduite permanente, liée à une pathologie chronique (arthrose, Parkinson, sclérose en plaques) ou aux séquelles d’un AVC, la perspective est différente. Il faut construire sur le long terme. Le choix de l’aide principale (rollator, fauteuil roulant) doit être fait avec un professionnel (ergothérapeute, kinésithérapeute) pour s’assurer qu’elle est parfaitement adaptée et évolutive. L’achat se justifie alors pleinement. Il faut penser l’aide au déplacement comme un élément d’un tout, qui inclut l’aménagement du domicile : suppression des seuils, élargissement des portes, installation d’une rampe d’accès…
Le diagnostic fonctionnel posé par l’ergothérapeute prend ici tout son sens. Il ne s’arrête pas à « il vous faut un déambulateur ». Il va analyser la marche, la force, l’endurance, mais aussi les habitudes de vie et les projets de la personne pour recommander non pas un produit, mais une stratégie de mobilité. Parfois, la meilleure solution n’est pas une seule aide, mais une combinaison : une canne pour les très courtes distances à l’intérieur, un rollator pour aller au salon, et un fauteuil roulant pour les courses au supermarché. C’est cette flexibilité qui définit un écosystème d’autonomie réussi.
L’étape suivante, une fois les besoins bien identifiés, consiste à consulter un professionnel de santé ou un ergothérapeute. Cet expert vous aidera à finaliser votre plan d’équipement, rédigera les prescriptions nécessaires et vous guidera dans les méandres des dossiers de financement pour que votre projet d’autonomie devienne une réalité concrète et sécurisée.